Vigilance de Total




Si une présence accrue de l'armée apporte un élément de sécurité qui rassure les équipes, celles-ci sont conscientes du poids que la présence de nombreux soldats risque de faire peser sur les villages riverains du projet de gazoduc. Comment gérer en effet la contradiction entre un programme socio-économique ambitieux en phase de lancement et l'arrivée de bataillons en renfort ? Comme beaucoup d'armées de pays pauvres, l'armée birmane dispose de peu d'équipement et de logistique ; elle a tendance à vivre sur le pays ; elle est très critiquée par de grandes organisations internationales pour sa pratique du travail forcé, consistant par exemple à contraindre les villageois à construire ses baraques ou à transporter son équipement et sa nourriture.

Fin 1995, par le canal de certains Comités de Communication de Village, Total apprend que des situations de cette nature se sont produites. La réaction est immédiate, et elle s'articule autour de quatre volets complémentaires :

1. L'opérateur fait savoir à tous les niveaux appropriés que le recours au travail forcé n'est pas tolérable* et que les collaborateurs civils utilisés par l'armée doivent être consentants et rémunérés.
2. MGTC, qui construit le gazoduc, apporte aux victimes du travail forcé dont le cas est porté à sa connaissance par les villages une aide, en nature ou en argent, calculée comme si les villageois concernés avaient travaillé normalement. Il en est de même pour les cas de réquisition de matériel (barques, chars à buffles) ; ces gestes humanitaires ne sont pas des compensations, puisque Total ou MGTC ne sont ni la cause ni les bénéficiaires, même indirects, de ce travail contraint ; la mesure est conçue comme un signal fort pour souligner le caractère inacceptable du travail forcé et obliger l'armée à travailler autrement.
3. Total investit les «Communication Ladies» et les médecins de son programme socio-économique d'une mission de surveillance très attentive des relations entre les villages et l'armée pour empêcher les exactions, intervenir sans délai si elles se produisent, et s'assurer que les aides versées vont bien à leurs bénéficiaires.
4. Enfin pour éviter que la présence accrue de l'armée n'entraîne des pénuries alimentaires ou une hausse des prix, Total met en place un programme d'aide alimentaire qui se traduit par des dons importants de riz, huile, poisson et autres produits de base achetés en dehors de la zone.

Dans ce contexte politique et culturel assez difficile, des incidents étaient inévitables mais ils se sont faits très vite assez rares. Le mérite en revient à la vigilance des équipes du programme socio-économique mais aussi au soutien constant apporté à Total par son partenaire birman MOGE, qui a pleinement adhéré au souci de Total et de ses autres co-investisseurs de voir les Droits de l'Homme respectés et promus dans la zone du gazoduc et a œuvré efficacement auprès de l'armée birmane pour atteindre cet objectif. Le dispositif adopté s'est traduit par deux résultats :

Après mars 1995, aucun nouvel incident sérieux ne s'est produit qui ait représenté une véritable menace pour la vie du chantier, malgré la présence sporadique dans la zone de petits groupes de guérilla qui y ont fait des incursions,
L'action de Total a réellement permis de protéger les villageois des risques associés à une présence militaire temporairement assez lourde et ceci, au moins autant que les bénéfices du programme socio-économique, a servi de socle durable à la relation de confiance établie entre le Groupe et les villageois. Aucun village de la zone n'a été déplacé du fait de Total ; au contraire, grâce à son intervention, les villageois de Michauglaung (le village déplacé en 1991, bien avant le projet) ont obtenu en 1997 le droit de revenir dans leur ancien village.

 
bien que, jusqu'en 1999, ces pratiques aient été admises par les lois locales.