Comprendre
les ressorts de l'activité économique de la région
où allait passer le gazoduc a été une préoccupation
importante, d'abord pour éviter de perturber cette activité
et surtout pour lui permettre de se développer. La première
tâche confiée aux équipes socio-économiques
du projet Yadana, avec l'aide d'un consultant spécialisé,
BEICIP - FRANLAB, fut donc d'analyser les circuits locaux de
production et d'échanges. Ceux-ci reposaient sur trois
piliers, la pêche dans les villages côtiers, la
culture du riz, et une polyculture de subsistance mariant la
production de légumes, l'élevage de quelques animaux
(porcs, poulets) et des cultures pérennes (palmier à
huile, noix de cajou, hévéa). La production agricole
de la zone dépassait les besoins, mais la vente des quelques
surplus était rendue difficile par l'état des
infrastructures et par la faiblesse des circuits de commercialisation
disponibles ; la règle générale imposant
aux agriculteurs birmans de céder une partie de leur
production de riz à un organisme public à des
conditions peu rémunératrices affecte leur revenu
et leur capacité d'épargne. Dépourvus d'équipement
autres que des chars à bœuf, les paysans pratiquaient
un écobuage de type traditionnel. Ils ne souffraient
pas de la faim mais ils vivaient mal et ne disposaient d'aucun
circuit de financement leur permettant d'investir pour échapper
à leur routine traditionnelle. Une mine d'étain
proche de Kanbauk avait interrompu ses activités.
Le programme conçu avec les villageois n'avait pas pour
ambition de révolutionner les pratiques agricoles mais
de les améliorer progressivement en s'appuyant sur l'expérience
traditionnelle et sur le désir d'entreprendre des villageois.
Il s'agissait d'apporter un réel progrès sans
créer de phénomène de dépendance
ni de bouleversement des modes de vie.
Une équipe permanente de vétérinaires
et d'agronomes, assistés d'auxiliaires vétérinaires, du programme socio-économique
a mené
un dialogue avec chaque village pour définir des programmes
adaptés, et apporter le support technique nécessaire
à leur réalisation. Leur action s'est déployée
dans les directions suivantes :
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développer l'élevage
(porcin, ovin, bovin) par la sélection des races,
la formation et un programme intensif de vaccination, |
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développer les cultures
vivrières, pérennes et horticoles par la
sélection des espèces, la fourniture de
plants, de traitements phytosanitaires et d'engrais, et
le conseil. |
L’objectif principal du programme agricole (agriculture et élevage) est de fournir l’aide technique aux fermiers et pour ce faire, mobilise une équipe de 16 personnes (3 agronomes, 3 techniciens agronomes, 4 vétérinaires, 4 techniciens vétérinaires et 2 auxiliaires vétérinaires). En 2006, plus de 1800 fermiers ou villageois ont bénéficié de cette aide et l’équipe vétérinaire a assuré le suivi de milliers d’animaux (vaccinations, etc).
Quelques établissements modèles, étroitement
encadrés par les techniciens du programme mais qui
sont la propriété de groupes de villageois,
servent d'ossature à cette action pour permettre ensuite
la diffusion du progrès dans les campagnes. Il s'agit
de :
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deux fermes modèles
pour les porcs, l'une à Kanbauk et l'autre à
Migyaunglaung ; ces établissements créés
dès la fin de 1995 font naître les porcelets
qui seront vendus aux agriculteurs après vaccination
et sevrage. |
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deux fermes modèles
pour les poulets, l'une à Thechaung et l'autre
à Eindayaza, qui fonctionnent selon le même
principe depuis la fin 1996. |
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la pépinière
de Migyaunglaung établie en 1999, qui fournit aux
agriculteurs des plants de qualité pour développer
diverses cultures pérennes (palmier à huile,
noix de cajou, hévéa) |
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la plantation de Thechaung (palmiers à huile, noix de cajou, hévéa) gérée par une soixantaine d'agriculteurs. |
Implantations des fermes modèles
(porcs et poulets)
Ces initiatives ont exercé un effet d'entraînement
et permis l'essor de nombreuses exploitations agricoles
:
petits élevages porcins (plus de 2000 petits élevages porcins ont ainsi été réalisés par plus de 1500 familles depuis le début du projet en 1995), petits élevages
de volailles. Plusieurs centaines de familles participent aux divers
programmes de développement des cultures.

Les projets agricoles sont financés par les paysans
eux-mêmes qui se regroupent souvent pour les entreprendre.
Ils sont aidés par un système de microcrédits
qui fait partie du programme socio-économique.
Il s'agit de prêts en Kyats d'une durée
de 6 mois et à
très faible taux d'intérêt permettant
d'acheter les animaux, ou les plants, ou l'équipement
nécessaire au démarrage d'un projet. Ce système
bénéficie aussi à des projets commerciaux
ainsi qu'à la pêche (achat de bateaux, de
moteurs, de filets). L'encours des prêts était
de 131 millions de Kyats à la fin 2006 (environ 131 000 USD)
pour 1587 bénéficiaires. Depuis l'origine,
en 1997, plus de 6300 personnes ont fait appel à cette
faculté.
L'attribution et la gestion des prêts sont assurées
au niveau de chaque village par un comité élu par les villageois.

Les indemnisations reçues par certains habitants privés
temporairement ou de manière durable de l'usage de
leurs champs ont aussi fourni des ressources permettant d'investir.
303 villageois ont reçu des compensations pour un montant
total de 1,2 million d'USD (169 millions de Kyats) en contrepartie
de 585 acres
de surfaces cultivées traversées par le projet.
Il faut souligner que ce dispositif d'indemnisation, généreux
et négocié avec les villages, a été
favorablement accueilli.
Parmi les actions menées en 2006 au titre du programme,
on compte par exemple :
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4 868 vaccinations
de bétail |
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2 800 vaccinations
de porcs |
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126 532 vaccinations
de poulets |
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57 sessions de formation, suivies par plus de 1000 fermiers locaux et notamment de nombreuses sessions consacrées à la grippe aviaire, aux techniques de culture de l'hévéa,... |
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la continuation des programmes de cultures |
Toutes
les vaccinations sont gratuites, de même que les conseils
techniques. Le programme finance aussi de petits aménagements
destinés à l'irrigation, des opérations
de défrichage, des fournitures d'engrais... Sa gestion
passe par un maximum de délégation pour que
les villageois se prennent en charge eux-mêmes.
L'amélioration des infrastructures routières
ainsi que la rénovation et l'extension d'un marché
à Kanbauk, repris depuis lors par des villageois, ont
considérablement facilité la commercialisation
locale des produits de l'agriculture, de la pêche et
de l'élevage.
Une des difficultés souvent rencontrée par
les actions de développement est d'en faire profiter
les plus pauvres. De manière assez inévitable,
les premiers intéressés à bénéficier
des programmes sont les plus dynamiques et aussi ceux qui
peuvent apporter à la réalisation du projet
leur propre contribution. En effet, pour recevoir une aide
au titre du programme économique Yadana, il est préférable,
même si le programme ne l'exige pas, de disposer d'un
" apport personnel " en nature ou en argent, gage
du sérieux du projet. Les pauvres sont moins bien préparés
à lancer un projet. Un programme spécifique,
dit " jardins potagers ", a été mis
en place en leur faveur, avec un succès réel
qui a incité à l'étendre rapidement.
Des réflexions sont en cours pour trouver les moyens
de les faire encore mieux participer à l'essor de la
région sans les placer dans une situation de pure assistance.
Il ne faudrait toutefois pas tirer de cette difficulté
la conclusion que le programme socio-économique ne
bénéficie pas assez aux pauvres. Ils ont un
égal accès au dispositif sanitaire et scolaire,
et ils profitent de manière diffuse de l'enrichissement
de la région.
Autre
question posée : l'énergie. La région
est dépourvue de tout réseau collectif d'électricité.
Celle-ci est fournie dans quelques endroits privilégiés
par des panneaux solaires financés par le programme,
ou par des générateurs acquis par certains villageois.
L'absence d'accès à l'énergie freine
les activités de transformation des produits agricoles.
Divers projets sont en cours d'étude pour y pallier.
Interrogation aussi pour l'avenir : au fur et à mesure
que la production agricole se développe, comment faire
évoluer ses circuits de commercialisation pour permettre
d'en écouler de manière rentable une partie
en dehors de la zone, s'agissant en particulier des noix de
cajou ou du latex tiré de la culture des hévéas
?
Toutes ces questions, il appartient aux habitants des 25
villages du programme d'y réfléchir, d'envisager
des solutions, et le programme socio-économique les
aidera à mettre celles-ci en œuvre.