
Contexte
Bon
connaisseur du Sud-Est asiatique et de son histoire, médecin
humanitaire spécialiste des problèmes de santé
publique et des situations d'urgence, et homme politique engagé
connaissant personnellement Madame Aung San Suu Kyi, Bernard
Kouchner avait toute l'expérience requise pour être
un observateur critique et impartial de l'action de Total
au Myanmar. C'est pourquoi le Groupe lui a demandé,
dans le cadre d'un contrat de consultant passé avec
sa société BK Conseil, de venir dans ce pays
pour se former son propre jugement sur place et pour donner
ses avis et recommandations.

Déroulement
de la mission
Elle a suivi trois étapes :
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L'établissement de nombreux
contacts préparatoires avec des représentants
d'ONG humanitaires actives au Myanmar ou intéressées
à la situation de ce pays, ainsi qu'avec Mary B. Anderson,
responsable du Collaborative for Development Action (CDA),
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La lecture de divers rapports, notamment
le " Report on Labor Practices in Burma " 2002-2003
tiré des US Government Reports, et celui de l'International
Crisis Group intitulé " Myanmar - The politics
of humanitarian aid " de 2002, |
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Une visite à Yangon
et dans la région du gazoduc de Yadana du 25 au 29
mars 2003. |
Bernard Kouchner a rencontré,
dans les 7 villages qu'il
a eu le temps de visiter
de manière approfondie,
les responsables des Comités
de Communication de Village
et ceux de plusieurs projets
agricoles. Il s'est longuement
entretenu avec les équipes
médicales, médecins
et sages-femmes. Il a
eu des échanges
avec le personnel expatrié
de Total présent
sur place et il a visité
les installations techniques
à terre du projet
Yadana.
Sa mission s'étant déroulée avant les
graves événements de fin mai 2003 qui ont vu
l'arrestation de Madame Aung San Suu Kyi, Bernard Kouchner
note à la fin de son rapport que ces faits ne modifient
pas le jugement positif qu'il porte sur la présence
de Total, mais qu'ils devraient amener le Groupe à
" rompre le silence " qu'il s'impose sur la situation
politique du pays.

Synthèse
du rapport de Bernard Kouchner
A ) Eléments de constat
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Total est la cible d'accusations
dont une enquête sur place devrait démontrer
qu'elles sont infondées : la société
a un Code de déontologie strict, les villages ont été
respectés, la nature très technique des travaux
était à l'évidence incompatible avec
le travail forcé. |
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Total se voit reprocher d'avoir signé avec les dirigeants
qui étaient et demeurent ceux d'un régime dictatorial.
C'est au fond le reproche permanent adressé à
la firme.
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Le programme socio-économique mené
par Total est un vrai succès : couverture médicale
de qualité, fort recul des pathologies, progrès
de l'hygiène, essor de l'agriculture et de l'élevage,
relations de qualité avec les habitants, élimination
du travail forcé. |
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Total est confronté à un débat
assez comparable à celui rencontré par les ONG
humanitaires dans de nombreux endroits du monde : faut-il
aider les populations des pays de dictature ? Pour Bernard
Kouchner " il faut s'efforcer d'aider dans presque tous
les cas...(mais) les belles âmes dénoncent d'autant
plus facilement qu'elles se trouvent éloignées
des dangers ". |
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Si le régime birman mérite
les critiques qui lui sont adressées, ses détracteurs
manifestent beaucoup plus d'indulgence face aux violations
des Droits de l'Homme qui se produisent dans d'autres pays
qu'ils ne jugent pas opportun d'attaquer. Ce côté
" deux poids, deux mesures " peut sembler très
injuste à Total, mais il s'agit d'une donnée
de fait. |
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Pour des raisons compréhensibles (principe
de neutralité, souci d'être irréprochable
dans la zone du gazoduc), Total vit trop replié sur
lui-même et sur ses opérations. |
B ) Evolutions suggérées du programme socio-économique
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L'étendre géographiquement
et le promouvoir comme un modèle transposable ailleurs
au Myanmar, parce que l'action de Total dans sa zone "
est un trop grand succès. Attention aux jaloux ".
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Corriger certaines distorsions : les médecins
de Total sont trop payés par rapport à leurs
homologues du secteur public. |
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Faire participer les villageois
à la gestion du domaine médical pour les inciter
à se prendre en charge eux-mêmes, comme cela
est déjà le cas dans le domaine agricole. |
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Donner une dimension nationale à
l'action de Total en matière de santé : aider
à l'implantation de dispensaires ailleurs au Myanmar,
favoriser la venue d'un Institut Pasteur à Yangon,
développer le recours aux médicaments génériques.
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Communiquer de manière plus ouverte
sur le programme socio-économique et partager l'expérience
de terrain de Total avec les ONG actives au Myanmar. |
C ) Traiter Yadana comme un problème humain et politique
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Se taire sur la situation politique du pays
expose Total au risque de partager l'opprobre qui frappe le
régime birman et de voir son programme humanitaire
considéré comme un simple alibi. |
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Total doit donc, à sa manière,
" prendre parti ", c'est-à-dire manifester
clairement " une préférence pour les régimes
démocratiques " ou tout du moins exprimer son
engagement en faveur des " Droits humains ". Le
Groupe doit accomplir des démarches, même discrètes,
pour la libération de Madame Aung San Suu Kyi. |
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Total doit aussi ouvrir beaucoup plus largement
la région du gazoduc à tous les observateurs
qui souhaiteraient la visiter. |

Commentaires
de Total
Le rapport de Bernard Kouchner, comme ceux du CDA, confirme
la qualité du programme socio-économique mené
par Total. Il formule un certain nombre d'observations et
de suggestions dont le Groupe tiendra le plus grand compte
pour mieux assurer la pérennité de ce programme
et lui donner plus de rayonnement.
Ce rapport interroge aussi Total sur la part qu'il pourrait
prendre à l'évolution politique du Myanmar.
Dans le contexte particulier de ce pays, Total entend ne
pas
s'ingérer dans les discussions entre les forces politiques
en présence et ne pas prendre publiquement parti
sur ces sujets, conformément à la règle
de neutralité posée par son Code de Conduite
; ceci n'a pas empêché le Groupe de faire
officiellement connaître sa préoccupation
lors des événements
de mai 2003 qui ont amené l'arrestation de Mme Aung
San Suu Kyi et marquent un sérieux recul par rapport
aux perspectives attendues de dialogue débouchant
sur une réconciliation nationale. Total est conscient
que sa responsabilité vis-à-vis des habitants
du Myanmar ne s'arrête pas à la région
du gazoduc : c'est pourquoi il a étendu son action
socio-économique
en dehors de cette zone, en soutenant entre autres un programme
national de lutte contre la cécité mis en œuvre
par la Fondation Helen
Keller International, en finançant un programme
de détection et de soins des porteurs du virus
HIV et des malades du Sida à l’hôpital
de Mandalay, et en prenant
en charge des orphelinats qui accueillent 1 000 enfants
dans la région de Yangon. Le Groupe réfléchit
à d'autres actions qui accroîtraient les retombées
positives du projet Yadana pour la population du pays. Il
accueille régulièrement des observateurs extérieurs
et entend poursuivre cette politique d'ouverture. Les questions
soulevées par Bernard Kouchner rejoignent donc le
souci de Total de conduire ses projets d'une manière
attentive au développement des pays où il
est présent.