Les accusations et les réponses de Total




Le projet Yadana est une cible privilégiée des critiques militantes, qui luttent contre le pouvoir en place à Yangon et prônent le boycott du régime. Ces critiques dénoncent l'absence de démocratie dans le pays et les violations des Droits de l'Homme qui s'y produisent. Elles prennent souvent leur source dans les communautés d'opposants en exil et sont relayées par certaines ONG et par des médias occidentaux. Cette démarche militante a inclus dans son discours des attaques contre le projet Yadana et contre Total, ainsi que contre d'autres groupes occidentaux présents dans le pays, ce qui donne plus d'écho à leur combat en Europe et aux Etats-Unis.

Les critiques portées au cours du temps contre Total peuvent être rangées en trois catégories :

Total aurait eu recours au travail forcé pour la pose du gazoduc.
La sûreté du chantier terrestre du gazoduc aurait entraîné une militarisation de la zone où il passe, source de violations des Droits de l'Homme.
Par sa présence dans le pays Total conforterait un régime condamnable et lui apporterait sa caution.

Total aurait eu recours au travail forcé pour la pose du gazoduc.

Alors que le groupe n'a une réelle présence sur le terrain que depuis 1994, les premiers reproches de travail forcé dirigés contre lui datent d'octobre 1992*. Les rapports de l'OIT et de l'US Department of Labour publiés en 1998 mentionnent aussi de telles accusations, tout en reconnaissant que les rédacteurs de ces documents officiels n'ont pu aller vérifier les faits sur place parce que les autorités ne leur ont pas donné les autorisations nécessaires, ce qui est fort regrettable. Total a amplement souligné que tous les travailleurs employés par lui-même et par ses sous-traitants pour la réalisation du chantier et pour l'exploitation du gazoduc étaient adultes, volontaires et rémunérés, que tous étaient pourvus d'un contrat de travail écrit, avaient passé une visite médicale d'embauche et reçu une formation à la sécurité, et enfin que le respect du Code de Conduite de Total par les sous-traitants locaux avait fait l'objet d'une surveillance attentive et régulière. Et pourtant certains médias continuent à parler des " forçats du gazoduc ", une allégation aussi insultante pour les équipes du Groupe que techniquement absurde.

La sûreté du chantier terrestre du gazoduc aurait entraîné une militarisation de la zone où il passe, source de violations des Droits de l'Homme.

La présence de l'armée dans la région pouvait avoir des conséquences négatives pour les villages riverains ; Total en était bien conscient et a fait ce qui était en son pouvoir pour éviter tout dérapage. L'action du Groupe a pris trois formes :

Utiliser les Comités de Communication de Village , le personnel du programme socio-économique dans les villages (" Communication Ladies ", médecins, agronomes, vétérinaires) et les multiples occasions de contacts directs avec les villageois pour se tenir informé en permanence et sans intermédiaire de la situation sur le terrain et pouvoir ainsi réagir très rapidement en cas d'incident.
Exercer une pression constante sur les autorités, directement et au travers de MOGE, pour que le travail forcé n'ait pas cours dans la région traversée par le gazoduc.
Lorsque des cas de travail forcé ont été portés à sa connaissance, aider les victimes ou leurs familles par des dons en argent ou en nature et s'assurer que l'argent leur parvienne bien.

Passage de chemin de fer Ye
Tavoy dans la région du gazoduc
 
Que certains incidents aient peut-être pu échapper à la vigilance du Groupe est possible, au début de sa présence d’abord en équipe légère et lorsque la relation de confiance avec les villageois était en train de se construire. Mais il semble plutôt que les accusations portées contre Total procèdent d’un amalgame pas toujours innocent entre la région du gazoduc, où le comportement de l’armée a été très surveillé par Total, et des travaux publics réalisés à la même époque dans d'autres parties de la région du Tenasserim. La confusion porte en particulier sur la voie de chemin de fer Ye-Tavoy, liaison Nord-Sud qui croise le gazoduc mais est sans rapport aucun avec le projet Yadana . De nombreux témoignages affirment en effet que la réalisation de cet ouvrage par l'armée aurait donné lieu à un recours massif au travail forcé.

Plus généralement, la présence de l'armée birmane qui était établie dans la région du chantier bien avant l'arrivée de Total a donné lieu à beaucoup de critiques sur la collusion prétendue entre celle-ci et les actionnaires du projet Yadana, et sur la responsabilité indirecte de Total dans les exactions qu'auraient pu commettre des militaires dans la zone. Total a toujours affirmé qu'aucun lien contractuel d'aucune sorte, direct ou indirect, n'a jamais existé entre la société et l'armée, qu'aucun concours financier ou support logistique à ses opérations ne lui a été apporté et que MGTC ou son opérateur Total n'ont jamais eu aucune autorité sur l'armée et ne lui ont donné aucune instruction. La seule nuance à apporter à cette affirmation est que Total, présent sur place depuis la fin de 1994, a toujours été très vigilant vis-à-vis de l'armée pour empêcher le travail forcé.

Par sa présence dans le pays Total conforterait un régime condamnable et lui apporterait sa caution.

La présence de Total conforte-t-elle le régime en place, comme le prétendent les organisations militantes qui publient des " listes noires " de sociétés occidentales opérant au Myanmar, et fait-elle de Total un " complice objectif " de ce qui est reproché à ce régime ? Ces accusations doivent être jugées à la lumière de plusieurs considérations :

Un projet pétrolier est un engagement à très long terme. Dans le cas du Myanmar, six ans séparent la date de signature de l'accord de principe (juillet 1992) de la mise en service des installations (juillet 1998) et l'exploitation du champ devrait durer 30 ans, durée pour laquelle Total et les autres participants au projet Yadana ont investi. Il est difficile de prévoir quelle aurait pu être et quelle sera l'évolution politique du pays sur une aussi longue période.
La décision prise par Total de maintenir sa présence au Myanmar, contrairement à un certain nombre de groupes occidentaux qui ont quitté le pays relève d'un choix délibéré. Mais ce choix ne cautionne aucun régime, il exprime la conviction profonde de Total que développement économique et progrès des Droits de l'Homme vont de pair. Ce n'est pas en aggravant les difficultés d'un pays pauvre par un embargo que l'on améliorera le sort de ses habitants.
Le Groupe s'est toujours tenu, conformément à ses principes, dans une attitude de stricte neutralité vis-à-vis du pouvoir, tout en œuvrant de manière très active en faveur du développement économique et du respect des Droits de l'Homme dans la région où il est présent.
Un groupe pétrolier n'a rien à gagner de l'absence de démocratie dans un pays. Il préfère travailler dans un état de droit, où règne la paix civile et qui n'est pas exposé au risque de se voir appliquer des sanctions internationales.
Une fois en place les installations produisent des hydrocarbures jusqu'à leur terme. Leurs propriétaires peuvent changer mais cela n'affecte pas les revenus de l'Etat hôte.
Il est vrai que l'exploitation pétrolière ou minière dégage des revenus importants pour les Etats hôtes et que la transparence dans l' usage de ces revenus est d'autant moins assurée que le système politique local ne favorise pas un réel débat et des contrôles efficaces sur leur emploi. Mais à supposer que la chose soit possible, ce n'est pas à une compagnie pétrolière que de prétendre dicter à un Etat le " bon usage " de ses revenus ; seules des organisations internationales peuvent légitimement introduire ce type de " conditionnalité " dans leurs interventions.


 
Un journaliste de Reuteurs établit alors un parallèle entre le gazoduc de Yadana et le « Death Railway » construit par les Japonais dans la région entre 1942 et 1944. Pourtant Yadana n'est alors qu'un projet, son tracé n'est pas défini et les travaux ne seront engagés que 3 ans plus tard.Cette affirmation sans aucun fondement paraît en réalité se rapporter à un chantier de chemin de fer lancé à cette époque par les autorités birmanes.
Tout le matériel nécessaire au chantier a été transporté par mer et débarqué dans un port construit par Total à l'estuaire de la Heinze.