De nombreuses organisations internationales
ou ONG portent des
jugements fort critiques
sur la situation des Droits
de l'Homme au Myanmar.
Les Etats-Unis et l'Union
Européenne ont
adopté des sanctions
qui visent à faire
pression sur le régime.
Des militants des Droits
de l'Homme et de nombreux
médias mettent en avant des faits
préoccupants.
Les critiques s'organisent
autour de trois axes :

La
question des libertés
publiques et du dialogue
politique
Le pouvoir est détenu
sans interruption depuis
1962 par un régime
qui s'appuie sur l'armée.
Un " renouvellement
de génération
" entre militaires
se produit en 1988 à
l'occasion de manifestations
étudiantes, très
sévèrement
réprimées,
qui protestaient contre
l'absence de liberté
et la mauvaise gestion
économique du pays.
La nouvelle équipe
s'investit de la mission
de gérer la transition
du Myanmar vers la démocratie
et organise en 1990 des
élections qu'elle
perd au profit de la National
League for Democracy (NLD),
une coalition réunie
autour de Madame Aung
San Suu Kyi. Mais
le pouvoir n'est pas transmis
aux forces politiques
qui ont gagné les
élections.
Malgré les promesses
faites, les démocrates
sont pourchassés
et emprisonnés,
aucun dialogue politique
véritable ne se
noue entre l'armée
au pouvoir et les responsables
des formations politiques
dont l'activité
est strictement bridée.
A la fin de mai 2003,
de graves événements
se produisent. Lors d'une
tournée politique
en province, des membres
de la NLD sont attaqués
et emprisonnés.
On compte un nombre indéterminé
de victimes. Madame Aung
San Suu Kyi est mise au
secret (" protective
custody " selon les
autorités) jusqu'au
mois d'octobre où
elle est placée
en résidence surveillée.
Total a exprimé
sa préoccupation
face à ces événements
qui constituent un recul
sérieux sur la
voie de la réconciliation
nationale attendue. En 2004, des perspectives de réconciliation
nationale sont apparues avec l’éventualité de
la mise en place d’une nouvelle Constitution conformément à la
feuille de route publiée par l’ancien premier
ministre, M. Khin Nyunt. Le premier ministre Khin Nyunt sera destitué en octobre 2004. Il sera emprisonné ainsi que ses collaborateurs et proches. Le pouvoir suprême est concentré entre les mains du Senior Général Than Shwe et du général Maung Aye. La feuille de route sera suivie mais à un rythme ralenti, entraînant de nombreuses protestations internationales. La détention de Madame Aung San Suu Kyi est régulièrement renouvelée. Les opposants restent pourchassés. Le travail forcé reste dénoncé par l'OIT.

Les
moyens utilisés
contre la résistance
des minorités ethniques
Le Myanmar compte 135 groupes ethniques, le plus important étant
celui des birmans (environ 55 % de la population) mais d'autres
groupes, notamment les Shan,
les Kachin,
les Mon
et les Karen,
ont une identité forte et un poids numérique
important. Le pacte social entre les habitants du Myanmar
est fragile et
les tendances centrifuges très marquées ont
entraîné
l'entrée en rébellion de diverses minorités,
comme celle des Karen depuis plus de 50 ans. L'armée
birmane se considère comme garante de l'unité nationale
et son combat contre les minorités en révolte
s'est intensifié depuis 1988. Les défenseurs
des Droits de l'Homme dénoncent parmi les actes
qui accompagneraient cette répression des déplacements
forcés
de population, des recrutements forcés dans l'armée,
y compris d'enfants, des viols, des tortures, des exécutions
sommaires, des destructions de villages. Récemment, il semble que l'armée birmane ait repris des campagnes militaires à l'encontre des groupes ethniques.

Le
travail forcé
La réquisition de villageois par les autorités
publiques et par l’armée en vue de leur imposer
par la contrainte et sans rémunération d’apporter
leur concours à la réalisation d’ouvrages
publics ou de travaux divers est une pratique ancienne au
Myanmar, comme d'ailleurs dans d'autres pays en développement
dépourvus d'un système fiscal efficace. Cette
méthode traditionnelle de la « corvée » avait été légalisée
au début du siècle par la tutelle britannique
(Town Act de 1907 et Village
Act de 1908). Contraire aux grands textes internationaux
sur les droits de l'homme, elle a été dénoncée
dans les années récentes par l’Organisation
Internationale du Travail.
Celle-ci a engagé
au titre de l'article
26 de ses statuts une
procédure d'enquête
sur cette question qui
a abouti en 1998 à
la publication d'un rapport
très détaillé,
reposant sur l'audition
de nombreux témoins
birmans et d'ONG ; ce
rapport dénonce
en particulier les conditions
dans lesquelles l'armée
recruterait des villageois
comme porteurs ou pour
d'autres tâches
(construction de campements,
culture pour nourrir les
soldats, entretien des
routes...), et les exactions
qui pourraient les accompagner
(extorsion de fonds, traitements
cruels...).
Ce constat a servi de
point de départ
à un dialogue critique
entre l'OIT et les autorités
du Myanmar qui a porté
quelques fruits :
* L'abrogation en 1999
du Village Act et du Town
Act, rendant donc
désormais illicite
le travail forcé
au Myanmar,
* La nomination d'un représentant
de l'OIT à Yangon,
ayant pour vocation d'assurer
la liaison avec les autorités,
d'observer la situation
et de mettre en œuvre
des programmes d'aide
afin de la faire évoluer.
La mise en conformité récente de la législation
locale avec les principes de l’OIT ne signifie pas
que le travail forcé ait disparu au Myanmar. L’éradication
de cette pratique historiquement très enracinée
demanderait un engagement plus soutenu des autorités.
Face au maintien de cette mauvaise pratique, l'OIT menace d'engager à l'encontre du Myanmar une procédure devant le Tribunal Pénal International. Le gouvernement du Myanmar dément ce constat, sans convaincre. L'OIT constate que la seule région du pays où le
travail forcé a véritablement disparu est la
zone du gazoduc de Yadana. Bien avant l'ouverture des discussions
entre le gouvernement et l'OIT sur le sujet, Total a permis
de faire changer les choses en manifestant de manière
claire et répétée son opposition à cette
pratique à chaque fois que des informations en faisant état étaient
portées à sa connaissance.